CAP 2010: Le vote de la Diaspora

On ne vous le rappelle que trop souvent sur LPN mais 2010 est bien l’année de toutes les élections majeures au bled. Tous les pays s’y mettent et l’exercice prend une allure de compétition tant chacun tient a s’en sortir avec le trophée de la plus belle (bonne ??) élection. Trophée qui récompensera celle qui aura été la plus juste, la plus transparente, la plus efficace, la plus incontestée tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du bled. Parlons en justement de l’extérieur, au regard de la compétition qui se déroule en ce moment en Guinée Conakry il y a lieu de s’interroger sur sa place dans tous cela.

Un mien ami occidental me dit souvent quand je peste à l’annonce de résultats d’élections (ndla: oui, je vote aussi en Europe et partout ailleurs où je paie des impôts et ce n’est que justice) qui n’ont pas suivi le sens de mon vote que:

l’exercice vise à désigner le plus fort et non celui qui à raison.

Pourquoi est-ce que je parle de cela ? C’est parce que en suivant la campagne de Guinée Conakry, je suis tombé sur une des thématiques contemporaines de l’exercice: que faire du vote de la Diaspora ? En Guinée, ou plutôt devrais-je dire pour la Guinée, la commission électorale a décidé d’exclure les compatriotes expatriés du processus électoral. Dans d’autres circonstances j’aurais dit que je n’en avais rien à secouer mais dans le cas présent on parle de 4 millions de personnes qui viennent s’ajouter à une population de 10 millions. En clair: en Guinée, le vote de la Diaspora pourrait à lui seul faire basculer la décision dans un camps plutôt que dans un autre. Il s’ensuit que toute personne qui se sentirait soutenue par cette Diaspora cherchera à lutter pour son inclusion. Mêmement, tout ceux qui ne sont pas en odeur de sainteté en dehors des frontières nationales ou tout simplement qui n’y ont aucun réseau chercheront a éviter, comme la peste, d’avoir recours à l’avis de cette grande inconnue.

Inconnue ? Certes car il faut bien le dire et le faire comprendre à ceux qui font les règles la Diaspora n’est pas une et indivisible. Aujourd’hui plus que hier elle est aussi morcelée que l’est le pays: ethniquement, socialement, géographiquement et par voie de fait politiquement. Un ami d’université me signalait l’autre jour qu’à chaque soubresaut politique de son pays naissait une nouvelle génération de diaspos exilés par la défaite/déchéance des leurs. Puis s’y ajoute ceux qui « fuient » le bled profitant du fait qu’ils ont maintenant les clefs de la maison; sans oublier les inévitables réfugiés et autres expatriés économiques dont la présence en dehors des frontières n’est pas forcement lié à la politique.
En fin de compte chacun à son histoire mais ne renie pas pour autant son attachement au bled car non seulement il en conserve les papiers et les coutumes mais en fonction de ses moyens il contribue à son essor et à sa dynamique. De là à revendiquer un droit de vote il n’y a qu’un pas.

Manifestation de la Diaspora Africaine à Bruxelles conte les accords APE (source)

Mais voilà où le commentaire de mon pote biblos devient pertinent: ce raisonnement est logique mais n’est pas politique. Les pays du bled se trouvent tous dans cette situation du fait de plus de 50 ans de migrations de leurs populations. En fonction du poids démographique de celle-ci on va se poser la question. Si ils sont peu nombreux autant leur donner le droit de voter car ils ne changeront rien. Et si ils sont trop nombreux ? Alors là, on réfléchit, on tergiverse, on consulte, on étudie les voies et moyens de …. bref on ne fait rien de pratique jusqu’à ce qu’il soit trop tard car les élections c’est demain et on a pas eu le temps de recenser ces personnes. On évite ainsi une épine qui sera destiné aux pieds de la prochaine équipe de législateurs.

Je dis à ces gens qui doutent du fait que la Diaspora soit domptable de se rassurer car la Diaspora est exactement à l’image du pays. Si le pays est politiquement divisé elle aura les même divisions politiques. Il ne faut pas avoir peur d’elle mais la voir comme une extension du bled où les gens parlent un peu plus fort qu’à la maison. Si vous avez l’impression qu’il n’y a que des opposants bruyants à l’étranger c’est que ceux qui sont au bled n’ont suffisamment pas le droit l’accès à la parole sinon ils feraient un boucan encore plus énorme.
En résumé, ce qui donne l’impression que la Diaspora est unie est qu’elle a un et un seul but commun: l’intégration économique et sociale dans le pays d’accueil et l’essor de son pays d’origine. Mais, à l’instar du célèbre dessin de Caran d’Ache au sujet de l’Affaire Dreyfus, cette belle solidarité vole en éclat dès que l’on parle politique, car là, les sœurs et les frères se retrouvent transporter dans l’arène politique du bled et l’union de façade des blédards n’a alors plus sa place.

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15 Commentaires

Aah, le vote de la diaspora. Un des sujets qui a fait, et continuera de faire couler beaucoup d’encre.
En principe, je n’aurais rien contre le vote de la diaspora, seulement, il faut être conscient de ce que cela impliquerait. Pour ma part, deux points principaux me turlupinent:

1. La campagne électorale sera-t-elle accessible à toute la diaspora ?
Si la diaspora vote, alors il faudra s’assurer que la diaspora, où qu’elle soit puisse prendre part à la campagne électorale, j’entends par là, au contenu des programmes de tous les acteurs des élections.
Nos États sont-t-ils en mesure de le garantir?
Pouvons-nous garantir que le bledard exilé au fin fond du Vietnam, du Laos, de la Finlande ou de l’Australie, pourra avoir accès à toute la campagne électorale via les médias du bled?
Et surtout, qui va payer/financer? le contribuable? la diaspora?

2. Vivant à l’extérieur, la diaspora peut-elle apprécier à sa juste valeur les efforts des politiciens sur place? Est-elle en mesure de réaliser ce que tel aspirant maire, ou gouverneur, ou président a fait, ou n’a pas fait? Ou bien va-t-elle s’en tenir aux on-dit et ragots de ceux qui étaient en vacance au bled dernièrement.

Et accessoirement, en 3.: Est-ce que c’est juste que des mecs décident de quelque chose dont ils n’auront pas à en subir les conséquences, parce que habitant ailleurs?

Tu te poses les même questions que tous les législateurs. Moi mon approche est la suivante: Tu peux te plaindre ou revendiquer un droit de regard que si tu as pris par au vote de l’autorité publique en question. Si je n’ai pas participé au vote d’un président, que j’ai voté pour lui ou pas, je ne peux le critiquer ou le remettre en question. Le vote de la Diaspora est donc pour moi un acte par lequel j’affirme que ce qui se passe dans le pays me concerne. Maintenant, tout un chacun est libre de ne pas se sentir concerner par un endroit où il ne passe que 2 semaines tous les 4 ans. D’où l’importance de maintenir la possibilité de ce choix mais pas de l’exclure catégoriquement. Un dernier point concernant ta remarque sur le financement: de toute façon même au bled ce n’est pas l’État qui finance en fonds propres les élections donc « il y a moyen » de s’arranger pour la diaspora qui, de toute façon, est pleine de fric s’est bien connu (ha ha ha).

@Eddy je pense que les points 1 et 2 se rejoignent. Si ma mémoire est bonne aucun pays africain n’a le vote obligatoire pour tous ses citoyens, donc seuls les membres de la Diaspora qui veulent vraiment s’impliquer iront et voudront voter.
Pourquoi se focaliser sur le déroulement de la campagne en cherchant à accommoder la Diaspora? La campagne au pays même est difficile pourquoi devrait-elle être plus facile à l’étranger. Si la campagne intéresse vraiment un membre de la diaspora rien ne l’empêche de se tenir au courant sur ce qui se passe chez lui.
Quand au point 3 que tu soulèves, je ne suis pas d’accord. Tant que je me sens membre à part entière de mon équipe même en vivant à l’étranger j’estime que ma voix et mon avis doit compter et avoir le même poids que tous les autres membres de l’équipe.

@MastaP,

Si je n’ai pas participé au vote d’un président, que j’ai voté pour lui ou pas, je ne peux le critiquer ou le remettre en question.

Ekiee, ca c’est encore quelle théorie ca? Voilà un principe que je ne partage, mais alors, pas du tout. Bien sûr qu’en tant que citoyen j’ai le droit de critiquer toute personnalité politique, que j’ai ou pas votée pour elle.

de toute façon même au bled ce n’est pas l’État qui finance en fonds propres les élections ..

Attends, je comprends pas là! C’est quand même nos impôts qui financent toutes les farces électorales du bled, ou bien j’ai raté un chapitre?
Je reconnais que je n’ai pas d’info pour les autres pays, mais dans le cas particulier du Cameroun, il me souvient que les élections sont organisées par le MINAT (ministère de l’administration territoriale), et donc, par nos impôts. Il me revient également que les chefs de parti allaient s’aligner au MINAT afin de toucher leurs subsides, leur permettant de préparer la campagne électorale.

D’où l’importance de maintenir la possibilité de ce choix mais pas de l’exclure catégoriquement.

Je veux bien qu’on maintienne cette possibilité, j’ai rien contre. Je tiens juste à rappeler ce que cela signifierait, conséquences que l’on éclipse la plupart du temps, volontairement ou involontairement.

@nyamsprod,

Pourquoi se focaliser sur le déroulement de la campagne en cherchant à accommoder la Diaspora?

Parce qu’il existe un principe selon lequel, le temps de parole devrait être équitablement distribué entre tous les prétendants au suffrage des électeurs. Et si on fait voter la diaspora, eh bien il faudra également s’assurer que ce principe est appliqué à l’extérieur.
Il ne s’agit pas d’accommoder qui que ce soit, mais il s’agit d’équité.

Quand au point 3 que tu soulèves, je ne suis pas d’accord. (..) avoir le même poids que tous les autres membres de l’équipe.

Ok, prenons donc un cas concret:
personne a, vit au bled, y paie ses impôts.
personne b, a quitté le bled il y a 20 ans, ne passe au bled qu’une fois tous les cinq ans, et ce pour 10j maxi.
Tu penses vraiment que c’est juste que b influence par son vote, les conditions de vie dans un pays qu’il ne « voit » que 10j tous les cinq ans?

Ou si tu veux que l’on reste dans l’exemple de l’équipe: est-ce juste qu’un joueur qui ne participe plus jamais aux compétitions, et qu’on n’aperçoit que très rarement dans les gradins, ait la même voix au chapitre qu’un autre joueur qui est là à toutes les compétitions, nettoie le gymnase après chaque match, et participe à tous les niveaux de la vie du club?

@Eddy si je suis ton raisonnement à l’extrême alors, si je m’installe à l’étranger et que j’y vis plus de 5 ans par exemple je devrais automatiquement perdre ma nationalité ? A quoi ça sert une nationalité si on peut même plus exercer son droit le plus fondamentale qui est celui de pouvoir voter et désigner son représentant (député et/ou président) ?

@vaness
Perso je suis pour laisser la diaspora voter si elle le veut, sur des enjeux majeurs (presidence, chancellier, etc..) à envergure nationale, j’ai rien contre.
Simplement iil faut que ce soit clair ce que ca signifierait et impliquerait, de faire voter la diaspora.
C’est juste sur cela que j’attire l’attention.

Quand aux enjeux locaux, je ne vois pas pourquoi on laisserait voter la diaspora pour l’élection municipale de Nguelemendouga par ex., alors qu’ils y mettent les pieds une fois la décennie.

Sujet troll en puissance. D’abord c’est quoi la diaspora? Les résidents bledards de l’etranger doivent avoir le droit de vote c’est clair, mais celui qui est devenu belge et passe son temps à critiquer alors qu’il ne passe que 2semaines ts les 4 ans pour boire les champagne en boite n’a aucun droit de vote s’il n’est plus tchadien car tres peu de pays au bled autorise la double nationalité. Nombreux sont les européens qui ont fait des années au prendre sans prendre la nationalité et vote dans leur pay d’origine. Alors
Tu es toujours rwandais et tu vis à l’etranger: tu vote
Tu as pris une autre nationalité: si ton pays le permet tu votes sinon bah il y’a aucun probleme.

Concernant les moyens d’aceder aux programmes, @Eddy il y’a le web et les partis politiques s’arrangent toujours pour atteindre les populations immigrées qui sont d’ailleurs les plus actives lors des campagnes electorales.

@Etum,
Le fait d’avoir la nationalité du pays qui demande à ses ressortissants de voter est une base sine qua none pour voter donc effectivement si entre temps tu as perdu ta nationalité, tu as perdu le droit de voter.. c’est aussi simple que cela.
De plus, MastaP s’est bien gardé d’évoquer le sujet épineux mais tout aussi trollesque des double voire chez certains des triple nationalités chez les blédards car là il y a effectivement à boire et à manger 🙂
Le but premier du billet n’était pas de créer un troll en puissance mais de simplement actualiser une discussion qui revient sans cesse sur la table et de voir comment aujourd’hui nos décideurs réagissent face à cette problématique en prenant le cas récent des autorités guinéennes. Car troll ou pas la manière dont ce sujet est traité est révélateur du climat de tension au bled avant une élection présidentielle.
@Eddy,
Pour abonder dans le sens d’@Etum: en me baladant ce week-end à BXL, j’ai croisé une affiche électorale d’un candidat à la présidence guinéenne… à côté d’une affiche pour les élections fédérales qui se préparent en ce moment en Belgique 🙂 . Alors tu vois, la Diaspora (les gens du bleds qui ont encore le droit et qui sont en ordre de voter) est informée CQFD.

@LPN,
Nous sommes d’accord alors il y’a pas de probleme si toutes les conditions de droit sont remplis tu votes…

mais celui qui est devenu belge et passe son temps à critiquer alors qu’il ne passe que 2semaines ts les 4 ans pour boire les champagne en boite n’a aucun droit de vote

Iyo! That’s my point, mais je ne voulais pas dire ca crû comme ca. 🙂

@Etum,
@LPN,
il y’a une subtilité qui vous échappé. Le truc c’est pas l’accès à l’info en tant que tel. Je ne prétends pas que la diaspora ne peut pas être informée.
Le problème c’est, en tant que commission électorale, comment minimiser les disparités entre candidats, qui feraient que les uns aient les moyens d’innonder les électeurs de leurs messages électoraux, ce que les autres, moins fortunés, ne pourraient pas.
Ce serait injuste que mon concurrent remporte l’élection malgré un programme bancal, tout simplement parce qu’il a plus de moyens financiers, une batteries de webdesigner, radio et tele en streaming à la en veux tu en voilà!!

@Eddy,
Tu n’as pas encore compris que c’est celui qui a le plus d’argent qui gagne les élections? Il faut avoir les moyens pour faire de la politique, ce n’est pas au contribuable de payer les frais électoraux des candidats, à la limite on peut aider un peu mais c’est tout.

@Etum,
gars lepp moi seulement dans mes rêveries et mes sottises du genre « monde plus juste » .. *tchirrp*
Je ne suis vraiment pas de ce monde.

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