A quoi ça sert un Premier Ministre ?

permier ministre du camerounC’est une très bonne question et je vous remercie de me l’avoir posé. Le dictionnaire nous dit du Premier Ministre qu’il est le chef du gouvernement (par opposition au Président qui est le chef de l’état). Voyons si dans les fait cette définition tient encore la route où si il est nécessaire de corriger voire d’amender la définition du dictionnaire.

En politique, on a coutume de dire que le Premier Ministre est le fusible de l’État. En tant que chef du gouvernement, il assume les décisions prises par celui-ci et lorsque celles ci sont mauvaises, il doit en assumer les conséquences, comprendre démissionner. Il sauve par cette entremise la tête du chef de l’état qui est le vrai instigateur des mesures d’où son surnom.
Une autre preuve est donnée par le fait que quand la mesure adoptée par le gouvernement connait un franc succès et donne de bons résultats, le premier à s’en féliciter est le chef de l’État et pas son Premier Ministre. Ce mécanisme vise donc à garantir une certaine stabilité de l’état, et non celle du gouvernement qui lui peut « sauter » à tout moment. Jusque là donc rien à dire, le principe à l’air simple et solidement justifié par de nombreuse années de pratique de cette gymnastique politique. Voyons maintenant si ce modèle est correctement transposé au bled.

Tout d’abord au bled, une idée/mesure du chef de l’État est forcement une bonne idée/mesure. Donc il l’assume tout seul. Ce serait dommage de mettre en avant un Premier Ministre avec une bonne idée. Des esprits « faibles » et « influençables » seraient tentés de voir en lui un gars capable de mener le pays. Non, cette tâche est résolument réservée au chef de l’état. Mais alors que faire si la mesure capote? Si l’idée est très mal reçue? Dans ce cas on fait quand même sauter le gouvernement et on laisse les électeurs dans la plus grande perplexité. Car il faut bien justifier pourquoi le gouvernement saute alors qu’on ne l’a pas entendu par rapport à cette mesure.

  1. Hypothèse numéro 1: le gouvernement (ou le ministre de tutelle) n’a pas été performant dans l’application de la bonne idée du chef de l’état. L’idée était bonne, je le rappelle, ce sont les hommes choisis… par le chef de l’état qui ont été mauvais ou inefficaces.
  2. Hypothèse numéro 2: C’est le gouvernement qui décide au travers du président et pas le contraire. Donc comme cette idée foireuse était en fait celle du gouvernement (ou du ministre de tutelle) c’est lui qui saute et pas le chef de l’état.

Dans ces deux hypothèses un point important se dégage: le Premier Ministre qui n’a rien fait, rien dit, rien assumé saute quand même car c’est un signe fort de faire sauter le Premier Ministre.

Conseil des Ministres au Bénin présidé par le président de la république (source)
conseil_des_ministres

Pour un chef de l’état au pouvoir depuis longtemps, qui a plusieurs mandats dans ses bagages, il n’est donc pas rare d’avoir compter plusieurs générations de Premiers Ministres. Khadaffi en a eu 10, Omar Bongo, Moubarak et Santos en ont eu au moins 5, Mobutu en a eu trop pour pouvoir les compter, et je vous laisse vérifier pour les autres pays. On est loin de l’image de l’équipe gouvernementale prônée par les démocratie du nord. Le fameux « double ticket » comme le disent les américains a la vie dur au bled, car un seul membre du duo est permanent et on ne distingue pas clairement les raisons politiques qui motivent le changement du partenaire.

Dans les régimes présidentiels, le Premier Ministre est réduit à inaugurer les chrysanthèmes. Dans les régimes ministériels (ou les Royaumes sans roi régnant) c’est le contraire: les chrysanthèmes en question sont même les symboles de la famille impériale japonaise. Nous sommes donc au bled dans le cas de régimes présidentiels clairs et il faut en tirer les conclusions et supprimer ce rôle qui ne sert à rien sinon à gaspiller les deniers du contribuables. C’est ce qui a, je pense, motivé le congolais Sassou Nguesso à proposer présenter pour la première fois un gouvernement sans Premier Ministre… mais avec quand même 37 ministres.

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2 Commentaires

Pour une fois, d’accord avec toi..
Chez nos régimes présidentiels, le PM ne sert strictement à rien.

An août dernier, Philémon Yang a convoqué un conseil des ministres; les ministres sont partis en congés (connaissant parfaitement cette date là)..

Il a ZERO pouvoir le pauvre, même pas celui de faire respecter ses circulaires… Il est là pour justifier l’équilibre ethnique mis en place, rien d’autre!

Totalement d’accord avec toi. Ici chez nous au Burkina, il ya un certain premier ministre qui fait trop de zèle sans savoir qu’il reste un pantin au service du président; qui enchaine les missions à l’extérieur, il parait pour sauver le reste du continent africain! Même qu’il s’essaie maintenant au cas Dadis!

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